Salle 2

La navigation sur le Tarn de Gaillac à Albi
( 1821-1829 )

Grâce à ses hautes relations, le Chevalier de Solages avait réussi à faire modifier le tracé du Grand-Chemin(10) et à le faire passer par Carmaux près de ses puits de mine. A la veille de la Révolution les travaux étaient pratiquement finis. Seul manquait le pont sur le Cérou(11). mais le Chevalier devait toujours faire transporter son charbon à Gaillac par de mauvais chemins pour y être embarqué vers Toulouse ou Bordeaux(12). C’était difficile et coûteux. Et la concurrence était vive, particulièrement à Bordeaux où les bateaux anglais venant chercher du vin amenaient du charbon qu’ils vendaient à bas prix. Aussi pour abaisser le prix de revient et pour augmenter leur bénéfice, le Chevalier et son fils, le Vicomte François Gabriel de Solages, s’employaient sans relâche à convaincre les autorités de l’époque à rendre le Tarn navigable de Gaillac à Albi. Le Chevalier rédigeait des mémoires, établissait des rapports qu’il envoyait aux États du Languedoc et aussi à Monsieur de Calonne, ministre du Roi et contrôleur général des finances, insistant sur l’intérêt qu’il y aurait à réaliser ces travaux.
C’était là un vieux projet. Déjà des ingénieurs, comme Laronne en 1615, Alsem en 1645, en avait dressé le devis qui, en 1 700, s’élevait à 250 000 livres et qui fut ramené à 150 000 livres en 1716. Peu à peu des personnalités s’intéressèrent à l’affaire et le Comte de Maillebois qui voulait réaliser le projet obtint à cet effet des lettres patentes du Roi. Mais ne pouvant réunir les sommes nécessaires, il céda sa concession à la Province du Languedoc. Harcelé par le Chevalier, les États du Languedoc chargèrent Monsieur Faget, ingénieur de la Province, de dresser un nouveau projet mais, faute de crédits, les travaux ne furent pas entrepris. Enfin en 1787 les États du Languedoc dégagèrent les crédits nécessaires pour améliorer la navigation sur le Tarn d’Albi au confluent de la Garonne. Mais la Révolution arrêta les travaux qui furent repris sous le Directoire, puis abandonnés une nouvelle fois.

Le Vicomte François Gabriel de Solages s’était spécialisé dans les questions de navigation fluviale. Il avait établi un grand projet intéressant non seulement le Tarn mais la France entière(13). Il voulait gréer une grande Compagnie des Canaux du Tarn à l’Escaut mais l’opposition de Lebrun(14) ruina ce grand dessein. Seul fut réalisé le canal de l’Ourcq pour amener l’eau à Paris. Les travaux du Canal de Sambre et Meuse et de l’Escaut furent commencés mais bientôt abandonnés. Pourtant, le projet du Vicomte de Solages ne manquait pas d’intérêt. Pour passer les maigres et les parties rapides il avait conçu une écluse à sas mobile.
D’après ce système ingénieux et peu coûteux, les bateaux franchissaient les endroits difficiles dans une bâche remplie d’eau roulant sur des rails en bois. C’était bien avant l’heure le principe des chemins de fer. Mais les projets du Vicomte Gabriel de Solages dormirent dans les cartons et ce fut grand dommage pour notre région et le pays.
Pourtant le Premier Consul Bonaparte reconnut les mérites du Vicomte. En 1802, il lui décerna la médaille d’or pour ses travaux et, devenu empereur par le décret du 4 juin 1809, il lui accorda la concession entre Gaillac et Albi et une indemnité de 300 000 francs pour le dédommager des dépenses qu’il avait engagées pour construire le canal de l’Ourq et améliorer la navigation de la Sambre.

 

 

Le Vicomte François Gabriel de Solages

Le Vicomte François Gabriel de Solages

En 1811 le Vicomte de Solages constitua une association sous la forme d’une société anonyme, La navigation de la rivière Tarn, chargée de réaliser les travaux entre Albi et Gaillac. Son capital était formé de 600 actions de 1 000 francs. Les mines de Carreaux en prirent 80. Les travaux commencèrent en 1821 et furent poussés sans relâche jusqu’à Saint-Juery où se trouvait l’aciérie du Saut du Tarn et en 1829 les Mines de Carreaux possédaient à Albi sur la rive droite du Tarn un entrepôt pour expédier le charbon et les bouteilles de la Verrerie vers Toulouse et Bordeaux.Le Vicomte Gabriel de Solages, Chevalier de l’ordre royal de Saint Lazare, concessionnaire des Mines de Carmeaux depuis le 27 Pluviôse an IX(15) mourut au Château de la Verrerie le 31 mars 1834. Il avait été Maire de Blaye, Conseiller Général, Président du Conseil Général du Tarn et élevé au gradée Chevalier de la Légion d’Honneur.

CARMAUX des origines au XXe siècle - VENT TERRAL - Jean VAREILLES

(10) Le Grand Chemin (R.N. 88) dans le premier projet passait par Caldéries.
(11) La construction commença en 1808.
(12) À l’aide d’attelages de mules ou de vaches.
(13) Dans ce projet il avait prévu un canal qui arrivait à 500 mètres des puits de mine de Carnaux.
(14) Troisième Consul.
(15) 15 février 1801.

L'enclave privée de la famille de Solages