Salle 2

Les  marchandises transportées

 

Mémoires des marchandises chargées sur les bateaux des Sieurs Alzone & Gibert de Villemur le 27 octobre 1817

Mémoires des marchandises chargées sur les bateaux des Sieurs Alzone & Gibert de Villemur le 27 octobre 1817

1/ Vers l'aval

Les ports ont, pour la plupart d'entre eux une activité spécifique, chacun d'eux se cantonnant dans le transport d'une denrée déterminée vers une destination traditionnelle. Ainsi Gaillac se réserve le monopole de l'approvisionnement de Toulouse en charbon de Carmaux. Le combustible emprunte le Tarn jusqu'à Moissac puis la Garonne. En 1857 le canal latéral est ouvert aux gabares gaillacoises. Villemur tire avantage de sa position géographique et diversifie ses cargaisons destinées au marché aquitain. Il a le quasi monopole du transport à Bordeaux des vins de Gaillac et des terrasses de la vallée. Ainsi le 5 nivôse de l'an III (1975) on relève sur le livre de compte de Germain GALAN : " J'ai acheté 30 barriques de de vin rouge (environ 6 000 litres). Ce vin est bon et délicieux, il n'a aucun défaut" . Les gabares villemuriennes transportent également les céréales de l'Albigeois et de la plaine du Tarn.
En 1787 GALAN embarque pour Bordeaux 4428 sacs de seigle soit 30 tonnes environ. Si la récolte locale des céréales est mauvaise, si la disette se fait sentir, le trafic se fera aussi, mais en sens inverse. Au cours du trajet, entre Montauban et Moissac, on charge au passage, à l'occasion des sacs de pruneaux, produits dans la basse vallée. Les maîtres de bateaux vont charger à Gaillac le charbon de terre qu'ils vendront par fraction tout le long de la moyenne et de la basse vallée de la Garonne jusqu'à La Réole. L'unité de mesure est le "ferrat" (le seau) qui contient environ 10 kg. En 1794, GALAN, toujours précis note un chargement de 33 116 ferrats de charbon soit plus de 30 tonnes. L'année suivante on relève qu'un autre chargement fut transbordé à Bordeaux et chargé sur une galiote hollandaise : l'Angleterre, après le traité de Bâle ayant fermé ses ports aux navires des Pays-Bas. Ce maître de bateau avisé et méthodique enregistre scrupuleusement le prix des denrées transportées et nous permet de sonder le gouffre inflationniste dans lequel, à partir de 1796, le Directoire a précipité le pays. Les prix subissent alors une hausse vertigineuse. Le blé qui valait 20 sous (1 livre) le sac en 1781 est payé 24 livres en 1796. La "mine" de sel (38 litres) passe de 8 livres 10 sols en 1791 à 22 livres en 1794 puis à 180 livres l'année suivante. Le cours de la monnaie papier, les assignats, s'effondre. En 1796, un chargement de charbon payé 600 livres en bonne monnaie est vendu 600 000 livres (1 000 fois plus) en assignats.

Le quintal de charbon payé 24 livres en bonnes espèces métalliques se monte en papier monnaie à 4 500 livres. L'inflation provoquera la ruine de Germain GALAN Le logement et le transport des vins et aussi des farines exigeaient des barriques en très grand nombre. Leur fabrication nécessitait une énorme quantité de "merrain" c'est à dire de douves et de fonds de tonneaux. Ce merrain provenant du bois de chênes du Quercy et du Rouergue, embarqué à Gaillac faisait l'objet d'un commerce très actif avec Bordeaux. La batellerie villemurienne participait à ce transport ainsi qu'en témoigne une "lettre de voiture" signée par un certain LACOMBE négociant à Gaillac le 10 janvier 1796 et qui porte ceci : "Que Dieu conduise Jean SABATIER de Villemur, vous recevrez que je lui ai ce jourd'hui chargé sur son bateau pour compte et risque de M. REY, négociant de Bruniquel sept milliers et demi de merrain, plus deux milliers et demi composés de douze cent douze douves et six cent six fonds marqués comme à la marge ». Le petit fils de ce maître de bateau : Jean SABATIER qui porte le même prénom que sont grand-père créera à Villemur une importante scierie, très moderne pour l'époque. Après sa mort, pendant la dernière guerre, les bâtiments désaffectés de la scierie constitueront l'embryon de l'usine CABLAUTO. Les gabares du port de Villemur assuraient aussi en grande partie me transport du "minot" sorti des moulins de Montauban, de Sapiac en particulier. le minot était une mouture faite de seigle et de blé qui, logée dans des fûts était destinée.

La Batellerie à Villemur

La Batellerie à Villemur sur Tarn